A découvrir chez Artemise…

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Rencontre « Et si ça ne marche pas? la vie sans enfant après la PMA » à Paris – 18 février 2017

Rencontre thé-matique à Paris Nous vous proposons dans le cadre des rencontres Bamp!, une nouvelle rencontre sur le thème « Et si ça ne marche pas ? vivre sans enfant après la PMA ». Le samedi 18 février 2017 à Paris Quand on arrive en fin de parcours, quand on a enchaîné les espoirs et les échecs, on […]

via Prochaine Rencontre Bamp à Paris « Et si ça ne marche pas ? Vivre sans enfant après la PMA » — Association de patients de l’AMP et de personnes infertiles.

Rendez-vous d’avril ! — BAMP! Infertilité, stérilité, AMP, PMA, FIV, FIVDO, IAC, IAD

Ce sont plusieurs occasions de rencontres entre personnes infertiles, patients de l’assistance médicale à la procréation qui vous sont proposées au mois d’avril. Au début du mois, Stéphanie vous propose un thé bamp à Saint Germain en Laye, le mercredi 13 avril à 20 heures à Saint Germain en Laye. Inscriptions et renseignements via […]

via Rendez-vous d’avril ! — BAMP! Infertilité, stérilité, AMP, PMA, FIV, FIVDO, IAC, IAD

Un bébé après l’infertilité

J’ai découvert il y a peu de temps le blog(ue) d’une femme sans enfant outre-Atlantique qui se pose des questions sur la vie et l’infertilité, que j’apprécie de lire. Aujourd’hui elle partage un article autour de la grossesse et la parentalité après l’infertilité. Alors si vous voulez lire cet article, et la découvrir par la même occasion, je le partage à mon tour!

 

 

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Je suis tombée sur cet article qui m’a plu particulièrement et j’avais envie de vous le partager…

Source : Trop beau pour être vrai

Contrôle technique

Il y a 4 ans, des amis sont venus après noël passer quelques jours chez nous avec leur petit garçon.

Il y a 4 ans, d’autres amis nous ont rejoint. J’ai vu dans le regard de mon amie de fac cette tristesse de ceux qui attendent douloureusement un enfant.

Il y a 4 ans, ma belle famille est venue fêter noël dans notre maison.

Il y a 4 ans, j’ai eu la confirmation du taux qui chutait une heure ou deux avant leur arrivée.

Il y a 4 ans, j’ai acheté une nouvelle voiture. Que je voulais plus grande en prévision de possibles jumeaux qu’on espérait. Que finalement après de longs triturages de cerveau, j’ai choisi moins grande, mais suffisante pour un enfant.

Aujourd’hui, le premier couple d’amis est séparé.

Aujourd’hui le second couple n’est plus seul.

Aujourd’hui nous ne vivons plus suspendu à un dosage, ni à un protocole.

Il est l’heure du contrôle technique de ma voiture qui n’accueille que ma mascotte . Déjà. Le temps est passé si vite et si lentement à la fois… Des vies changées. A jamais.

Le continent perdu des fertilisations in vitro (O. Bourguignon, C. Navelet, D. Fourcault)

source : http://mhsrvweb.medhyg.ch/revues/r_article.php4?article_id=99920007

l’article date un peu (1999) mais je trouve intéressante cette étude.

Devenir n°2 , 1999.

Le continent perdu des fertilisations in vitro.

Odile Bourguignon, Claude Navelet, Dominique Fourcault
O. Bourguignon : Professeur de Psychopathologie Univ. Paris V,
18, rue Saint-Romain
75006 Paris.

C. Navelet : Psychologue, Dr en Psychopathologie et Psychanalyse,
Chargée de cours Univ. Paris V, 22, rue Duroc
75007 Paris.

D. Fourcault : Psychologue, 69, av. de la Belle Gabrielle – 94130 Nogent.

Résumé :

L’étude porte sur 20 femmes qui ont tenté une ou plusieurs FIV qui ont échoué. Que les femmes aient ou non surmonté l’épreuve, l’écrasante majorité (18/20) a compris l’entretien comme une proposition de soutien psychologique pour soi-même et pour les autres femmes. La prise en compte des symptômes associés, l’analyse de contenu des entretiens et les mécanismes psychiques mis en oeuvre montrent que l’expérience FIV semble psychiquement inintégrable. Des propositions sont faites concernant les précautions d’ordre psychologique à prendre lors d’une offre de FIV et les contre-indications.

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Le contenu de l’article (page 1) :

Introduction

Les infertilités non manifestement organiques et dont les causes restent inconnues ont fait l’objet d’interprétations variées. Quoi qu’il en soit, l’infertilité peut entraîner des sentiments dépressifs, de perte, de colère ou de culpabilité, voire déboucher sur une crise existentielle désorganisant l’individu et le couple
[1, 2, 4, 5, 6, 7]. Pourtant la procréation humaine est particulièrement fragile puisque, pour un couple de fertilité normale, les chances de grossesse sont de 15 à 30% par cycle menstruel [9]. Les échecs de la reproduction chez les humains, quels que soient ses modes, semblent donc bien devoir être imputables moins à la technique utilisée qu’au caractère particulier de la sexualité humaine. Celle-ci ne peut donc être identifiée à un simple processus de reproduction, susceptible d’être géré et instrumentalisé.
La mise au point récente de techniques offrant une assistance médicale à la procréation a conduit les médecins à les proposer aux couples, en dépit de taux de réussite assez faibles (20 à 30% actuellement). La situation d’échec par cycle est donc plus fréquente que celle de réussite et, paradoxalement, c’est la moins étudiée, alors même que l’échec ramène les patientes (et les couples) à leur situation de départ, après un parcours reconnu comme éprouvant aussi bien par le corps médical que par les couples.
C’est ce qui nous a décidées à nous intéresser aux femmes qui ont arrêté leurs tentatives de fécondation in vitro sur un échec. Nous avons recueilli leurs opinions rétrospectives et étudié les moyens qu’elles avaient mis en œuvre pour surmonter cette réalité en faisant l’hypothèse que la situation d’échec permettait d’évaluer les potentiels de réaménagement qui auraient pu être mis en œuvre, indépendamment de toute assistance médicale à la procréation1.

La recherche

A partir de 120 couples qui, entre 1987 et 1993, se sont adressés à un service d’assistance médicale à la procréation et l’ont quitté sur un échec, nous avons constitué un échantillon de 47 femmes, sur lesquelles 20 ont accepté de nous rencontrer2. A priori, rien ne permettait de penser qu’elles accepteraient cet entretien de recherche. Nous avons donc supposé que les femmes qui consentiraient à nous recevoir seraient:
• soit celles qui se sont adaptées à cette réalité: en ayant trouvé une alternative au rôle de mère, en ayant adopté un enfant, ou bien parce qu’ayant fait ce qui était en leur pouvoir pour obtenir l’enfant désiré, elles se sentent mieux, plus confiantes en elles, et sont capables d’arrêter spontanément ces tentatives [4, 10]. Dans ce cas, l’entretien serait reçu comme une proposition de réflexion sur une expérience intégrée psychiquement comme appartenant au passé, dont le coût psychique est douloureux mais maturant, cette intégration se traduisant dans le discours par:
– une capacité de secondarisation dans le récit de l’événement, les reviviscences douloureuses n’affectant pas la cohérence du récit;
– une capacité à reconstruire chronologiquement l’expérience (motifs initiaux, parcours et période écoulée depuis l’arrêt des FIV);
– des mécanismes de défense tels que le refoulement, la mise à distance, la banalisation;
– des mécanismes de dégagement: capacité à réinvestir, sublimation, désir de tourner la page, reprise en main de son existence.
• soit celles que cet échec laisse destructurées, abandonnées à elles-mêmes, sans appui extérieur et en situation de régression [6]. L’entretien serait alors compris comme une proposition de soutien de la personne interrogée, l’expérience n’ayant pas été intégrée psychiquement, cette non intégration se manifestant dans un discours marqué par des mécanismes de clivage et de projection, et par des phénomènes comme:
– une confusion entre le présent et le passé;
– des décompensations psychosomatiques peut-être liées au statut de malade impliqué par la médicalisation de la procréation;
– une dépressivité en relation avec l’absence d’élaboration des sentiments de deuil;
– un sentiment d’isolement en rapport avec l’absence d’appui et d’écoute médico-psychologique après les arrêts;
– l’attribution de la responsabilité de l’arrêt des tentatives aux médecins;
– l’attente d’une aide venant de l’extérieur répétant l’extériorisation de la procréation par les FIV.

Les données ont été recueillies par un entretien unique, semi-directif et enregistré, mené au domicile des personnes interrogées (Paris, banlieue parisienne et province). Le guide d’entretien comportait des questions ouvertes: Comment les choses se sont passées pour vous? (début et arrêt des FIV, orientation vers telle équipe, décidée par qui, le vécu avec les médecins, le vécu sexuel et affectif du couple, le vécu personnel). Avez-vous remarqué des changements dans votre état de santé avant et après les FIV? Comment vous portez-vous depuis l’arrêt des FIV? Avez-vous remarqué des changements dans votre caractère, votre humeur, vos relations avec les autres, avant et après les FIV, et depuis l’arrêt des FIV? Comment avez-vous surmonté la déception de votre attente? S’est-il produit des changements dans votre vie depuis? Pensez-vous qu’une recherche comme la nôtre puisse être utile?

Les données recueillies ont été réparties en 16 catégories:
1. Les FIV: âge des femmes lors de la première FIV, date de début, date d’arrêt, nombre, qui décide d’arrêter.
2. Efforts consentis par les couples, et spécifiquement par les femmes.
3. Sentiments exprimés quant au sort des embryons.
4. Commentaires sur l’arrêt des FIV.
5. Information reçue par les couples concernant la FIV.
6. Les enfants: si les couples ont des enfants après les FIV, dans quel délai?
7. Comment sont venus les enfants: conception naturelle («enfant-maison»), adoption?
8. Les caractéristiques des couples: durée, stabilité, entente.
9. Problèmes en relation avec la sexualité.
10. Représentation de ce qu’il est possible de supporter au plan physique.
11. Changements éventuels dans les couples après les FIV.
12. Existence de symptômes somato-psychopathologiques chez le mari, attribués aux FIV.
13. Attitude et sentiments du mari selon chaque conjoint.
14. Présence du mari à l’entretien.
15. Aménagements de l’après-FIV.
16. Motifs de participation à l’enquête.

L’analyse de ces données a porté sur le contenu de l’information, sur les caractéristiques du discours et sur les mécanismes de défense utilisés.

Les résultats

1. Description de l’échantillon

• Âge des femmes au début des FIV, durée et nombre des FIV: à la première tentative de FIV, les femmes avaient entre 25 et 42 ans, 11 étaient âgées de moins de 35 ans et 9 avaient 35 ans et plus. Elles ont subi de 1 à 10 FIV, soit au total 78 FIV (moyenne: environ 4). La durée des FIV s’étale de 1 mois à 8 ans.
• Arrêt des FIV: 1 arrêt depuis plus de 10 ans, 9 entre 5 à 10 ans, 9 de 2 à 5 ans, 1 sans date. Selon elles, la décision d’arrêter a été prise par elles-mêmes (9), le couple (4), le conjoint (3), le médecin (3). Dans un cas, la naissance d’un enfant entre un échec de FIV et une FIV programmée a interrompu le processus.
• L’après FIV: à l’issue de ces échecs, 4 couples procréent naturellement un ou deux enfants; 1 couple procrée après avoir adopté; 6 couples adoptent un enfant, puis parfois un second; 3 s’occupent d’un neveu, d’un filleul ou d’un enfant né d’un premier lit; 3 songent à adopter, et 3 ont renoncé à leur projet d’enfant. Sur les 20 couples, 11 élèvent des enfants «maison» ou adoptés, 3 élèvent un enfant qui leur est confié et 6 couples sont actuellement sans enfant. En dehors de la question de l’enfant, les réaménagements existentiels sont multiples (plusieurs réponses par sujet): échec ou refus d’adopter (4), renoncement apaisé (3), intérêt pour la vie conjugale et familiale élargie (3), divorce et séparation (2), adoption d’un animal (2), intérêt pour le travail (1), reprise d’études (1), désir de refaire une FIV (1), projet non abouti de chercher une mère porteuse (1).

Si l’on distingue schématiquement trois catégories: «a surmonté l’épreuve par réaménagements divers», «n’a pas surmonté l’épreuve, se trouve en situation difficile psychologiquement», et «n’exprime rien», on s’aperçoit que ceux qui ont surmonté l’épreuve (8) sont surtout des couples avec enfants-maison, adoptés, ou élevés, mais on compte également 2 couples avec enfant n’ayant pas surmonté l’épreuve, ce qui indique qu’avoir des enfants à élever ne résout pas nécessairement les problèmes psychologiques associés à la démarche FIV. Les 6 couples restés sans enfant soulèvent diverses questions: vie de couple sexuellement difficile avant et après les FIV, séparation pour des problèmes antérieurs aux FIV, différence d’âge importante entre les conjoints, échec de l’adoption, projets non réalisés (adoption, mère porteuse).

2. Infirmation des hypothèses

Contrairement à nos prévisions, l’échantillon ne s’est pas scindé en deux groupes distincts. Bien au contraire, les motifs d’acceptation (plusieurs réponses possibles) se répartissent ainsi: demande de soutien (3), aider les autres femmes et les autres couples (12), informer et prévenir (4), mieux contrôler la
technique et ses effets (5). L’entretien a été perçu à 3 reprises comme faisant partie d’un suivi systématique engagé par le service médical.
Si l’on croise les motifs d’acceptation avec les aménagements post-FIV3, on s’aperçoit que les femmes qui ont accepté l’entretien pour aider d’autres femmes ou couples (12) ont des enfants («maison» ou adoptés) ou s’occupent d’autrui; que celles qui souhaitent un meilleur contrôle des FIV (4) ont eu des enfants naturellement ou en ont adopté, et que celles qui attendent un soutien n’ont pas eu d’enfant. Dans cette perspective, les motifs de refus (15) allégués par les femmes que nous avons sollicitées sont instructifs; sur ces 15 refus, 5 ont été masqués par un accord de principe qui n’a jamais pu être confirmé (aucune date de rendez-vous ne pouvait jamais convenir); 2 ont été motivés par une situation de deuil actuel; 1 a été motivé par le «manque d’envie» sans plus d’explication; 1 autre «sans savoir pourquoi»; 1 s’est traduit par un refus de prendre la communication téléphonique; 5 sont restés sans commentaire. On peut faire l’hypothèse que ces refus viennent des femmes (des couples) pour lesquels les réaménagements de l’après FIV sont les plus difficiles.
La majorité des femmes (14) arrête les tentatives après 1 à 4 échecs, et les réaménagements existentiels qui s’ensuivent sont extrêmement variés. Il n’existe pas de lien fort entre les réaménagements trouvés d’une part et d’autre part la stabilité et l’entente du couple telles qu’elles ont pu être inférées à partir de la situation actuelle et à partir d’éléments comme l’attitude du conjoint et la vie affective et sexuelle des couples pendant les FIV. La proportion de couples se séparant ou ayant divorcé est plus faible que celle de la population générale (2/20 au lieu des 4 ou 5/20 attendus). Le contenu des entretiens indique que la FIV est une épreuve qui resserre les couples qui s’entendent bien et perturbe, voire disloque, ceux qui auraient déjà de la difficulté à vivre ensemble.

3. Une constante: le coût physique et psychique des FIV pour ces sujets

Si aucun des éléments déjà cités ne paraît déterminant, il apparaît en revanche que le coût physique et psychique de la FIV est très élevé. La FIV, qu’elle soit unique ou répétée, induit souvent des troubles qui affectent la santé des femmes: 13 d’entre elles évoquent des symptômes dépressifs et anxieux, des insomnies, de la fatigue, de l’irritabilité, des tensions liées à la crainte de l’échec; 7 indiquent des troubles plus graves: «craquage nerveux», dépression longue traitée chimiothérapiquement, amaigrissement ou prise de poids excessifs (23 kg en 6 mois). Dans tous les cas, la tension nerveuse est importante, et elle est due au respect scrupuleux des consignes et des horaires pendant le processus, à l’angoisse de l’attente, au choc de la déception. Sur ces 20 femmes 9 expriment un vécu traumatique, indiquant que l’épreuve était au delà de ce qui était pour elles psychiquement supportable.
Les FIV sont caractérisées par des intrusions répétées, qu’elles soient corporelles (piqûres, prises de sang, prélèvements, réimplantations) ou psychiques («l’impression d’être un cobaye», «manipulée, piquée, regardée»). La procédure est source de douleurs psychiques et de souffrances morales: les manipulations qui ne respectent pas la pudeur («les femmes à la chaîne», «une autre femme se faisait inséminer à côté… C’est des choses quand même intimes!»), la technique déshumanisante («on donne sa semence et on vous demande: vous payez par chèque ou par carte bleue? On a l’impression de faire ses courses…»). Les récits, dans ce cas, montrent que les personnes sont encore affectées par l’événement. Le traumatisme, encore actuel, est, bien logiquement, indépendant du nombre de FIV effectuées. Dans 2 cas, la reconnaissance de troubles légers n’entame pas l’intérêt pour la méthode («formidable au plan technique»).

A ceci s’ajoute le traitement des troubles provoqués par la FIV: infection et perforation artérielle (1), ou ceux qui sont survenus après la FIV et que les sujets associent à elle: cancer du sein (1), intervention chirurgicale (1). On relève aussi la perte ou le changement de travail liés aux absences répétées non supportées dans le milieu professionnel, la fatigue engendrée par les déplacements nombreux à l’hôpital aux heures les plus variées, le prix des transports et parfois de l’hôtel (bien que cet élément n’ait jamais été mis au premier plan, même en cas de ressources modestes), et surtout le harassement du couple. Les risques liés à l’intervention ne sont, en cas d’échec de FIV, compensés par aucun bénéfice, ce qui soulève aussi un problème de responsabilité médicale quant aux informations données préalablement.
Les réactions à l’arrêt du traitement en disent long sur le caractère contraignant et pénible de l’épreuve («le chemin de croix», «le cercle infernal», «le parcours du combattant». La moitié des femmes regrettent de s’être laissées entraîner dans ce type de protocole et vivent sa fin comme une délivrance, remerciant leur mari, lorsque c’est celui-ci (3 cas) qui leur a demandé d’arrêter pour préserver leur santé.
Le renoncement à l’enfant est-il à ce prix?

4. Les mécanismes de défense sollicités

Différents mécanismes de défense psychiques repérables dans les récits opèrent dans des proportions évidemment variables selon les cas. Ce sont:
– Le refoulement: les oublis des dates, de la durée, et même du nombre des FIV sont massifs au début des entretiens. Pour les retrouver, il a fallu opérer par recoupement en répétant les questions à divers moments des entretiens et en refaisant les calculs à voix haute avec les femmes. Nos courrier et appel téléphonique préalables n’avaient pas suscité de remémoration précise. Plusieurs ont fait allusion à leur «dossier» qu’elles n’avaient pas ressorti mais qu’elles nous proposaient de consulter, proposition que nous déclinions. La meilleure façon de mettre à distance cette période semblait bien être l’oubli.
– Le déni de la réalité des efforts, des risques, des souffrances et de la détresse. Les femmes sont, dans la plupart des cas, capables de décrire le nombre important de piqûres (jusqu’à 147 pour une tentative) et d’interventions diverses qu’elles ont subies puis de prononcer une phrase du type: «c’était la galère, ça s’est très bien passé», qui peut aussi s’entendre comme «c’était la galère, mais c’est passé».
– L’annulation du problème du déclin normal de l’aptitude à procréer chez les 9 femmes ayant commencé les FIV après 35 ans (2 d’entre elles procréeront ensuite naturellement), et l’annulation de l’existence et du devenir des embryons créés in vitro (seules 2 femmes sur les 20 interrogées y feront allusion).
– Le clivage: les représentations du processus sont admises (massivement, les femmes évoquent les difficultés ressenties), mais les affects agressifs (à caractère masochique ou sadique) sont refoulés. Ce mécanisme apparaît nettement dans des formulations du type: «c’était dur, ça a raté…»” et un peu plus loin: «je le recommande à ma meilleure amie». De même, le silence gardé par les 6 femmes quant au style de leurs réaménagements post FIV est sans doute à rapporter à un effet de clivage entre réalité externe (les événements de la FIV en tant que tels sont décrits sans détours) et réalité interne (l’impossibilité d’évoquer les affects éprouvés).
– Dans quelques cas, on observe une hystérisation du récit du parcours FIV: complaisance à évoquer les efforts consentis, banalisation de ces mêmes efforts, mise à distance des affects pénibles (par intellectualisation notamment), revendications diverses concernant une meilleure information ou prise en charge, déplacement des difficultés liées aux FIV sur l’entourage («j’ai été poussée par ma mère, mes collègues, le médecin», etc.), mise en réseau du processus (les cercles familiaux, amicaux voire professionnels sont placés en position de témoins, voire de soutiens).

Il existe dans certains cas un contraste très instructif entre le récit brouillé du parcours FIV et celui qui lui succède, relatant avec précision les péripéties d’une adoption, la venue naturelle d’enfants, ou une reprise d’études, et ce en dehors de toute proximité temporelle de ces événements. Dans d’autres cas, ce contraste n’existe pas et le récit est envahi par une problématique centrale qui l’oblitère de bout en bout; rapports conflictuels avec le conjoint, angoisse devant la vie, etc.

5. Le contexte

Dans la très grande majorité des cas (18/20), nos interlocutrices avaient gardé un bon souvenir du service qui avait donné son accord pour notre investigation. Certaines femmes se souvenaient du prénom des infirmières qui les avaient soutenues. D’autres expériences, antérieures ou postérieures, faites ailleurs étaient décrites comme difficiles, parfois désastreuses. Seules 2 femmes ont émis des jugements négatifs concernant les médecins, mais pour la majorité, la procédure FIV s’est déroulée dans ce service dans de bonnes conditions psychologiques.
Il faut donc réfléchir à ce que signifie la plainte assez fréquente (9 cas) de «n’avoir pas été suffisamment informée» de ce en quoi consiste la FIV puisque 6 femmes affirment avoir été bien informées, 1 estime l’avoir été plus ou moins, 4 n’en disent rien. Il est possible que la FIV soit souvent présentée sous le seul angle technique et que bien des couples n’entendent pas ce qui leur est expliqué des difficultés à venir. Mais est-il réellement possible d’informer les femmes et les couples de ce que la FIV, ou les FIV répétées, vont exiger d’eux comme effort et comme disponibilité d’énergie, de temps et d’argent? Y a-t-il une information qui leur permette de savoir ce à quoi ils consentent quand il existe un tel écart entre le désir d’enfant exprimé et la réponse technique qui est faite? Cette réponse est-elle psychiquement intégrable?
Si le coût physique et psychique est extrêmement lourd pour les femmes et les couples, le coût financier l’est également pour la société puisque ces 20 femmes totalisent 78 FIV4.

Discussion

1. L’écrasante majorité a compris l’entretien comme proposition de soutien psychologique pour soi-même ou pour aider, informer les autres. La même majorité a exprimé un fort sentiment de solitude, une confusion dans les repères temporels, spatiaux et de personnes, rapporté des états dépressifs au cours des FIV et après. Mais ces femmes ont également réussi à reconstruire globalement le parcours effectué, à revivre le caractère pénible de l’épreuve sans devenir incohérentes, à expliciter leurs réaménagements. En outre, dans presque tous les entretiens, nous retrouvons aussi bien des mécanismes de défense réputés psychiquement toxiques (déni, annulation, clivage) que des mécanismes ou processus considérés comme organisateurs plus ou moins «normaux» du psychisme (refoulement, hystérisation) et qui ne sont toxiques qu’isolément ou massivement utilisés.
De cette redistribution de nos critères initiaux, nous pouvons sans doute faire l’hypothèse que les mécanismes à effets toxiques sont sollicités par la toxicité même des FIV sur le plan psychologique, dans une réponse de type miroir. De ce point de vue, il n’est pas impossible que, quelle que soit la qualité des réaménagements réellement opérés, l’événement FIV reste comme une expérience psychiquement non intégrable. On pourrait objecter que cette non-intégration résulte de l’échec des FIV et que le résultat serait différent en cas de succès. Il faudrait examiner cette objection en comparant les résultats que nous avons obtenus à ceux d’un groupe-témoin de femmes ayant procréé par cette technique. Mais nous disposons déjà d’éléments susceptibles d’invalider cette objection: 1) les 5 femmes de notre échantillon qui ont procréé naturellement après les FIV ne se distinguent pas des autres de ce point de vue; 2) deux entretiens menés avec des femmes qui avaient procréé à la suite de FIV tentées ultérieurement dans un autre service (et que nous n’avons donc pas comptabilisées dans notre échantillon) avaient les mêmes caractéristiques que celles que nous avons mentionnées.
La question mériterait certainement d’être approfondie dans tous les cas puisqu’on sait qu’un événement non intégré psychiquement peut faire retour sous forme de troubles psychopathologiques chez la personne concernée ou à la génération suivante.

2. L’analyse des entretiens met en évidence les difficultés psychiques que doivent affronter les femmes qui expérimentent les FIV. Ces difficultés sont repérables dans la confusion des repères temporels, le brouillage de la réalité vécue et la fréquente banalisation des efforts importants à consentir sur tous les plans pour subir les FIV. Cette banalisation implique la sollicitation de mécanismes de défense à effets toxiques, à moins que la constatation finale «ça s’est très bien passé» après l’évocation des souffrances subies soit à comprendre comme étonnement a posteriori d’en avoir réchappé, de ne pas en être morte. Le théâtre des opérations semble bien être borné par la mort. Une femme ne déclarait-elle pas qu’elle avait «tellement envie d’être mère» que si elle n’avait pas eu d’enfant, elle se serait «laissée sombrer jusqu’au bout… comme une drogue».
La mise à distance des affects concernant la mort et l’abandon à l’œuvre dans les FIV (les embryons qui ne survivent pas à la décongélation, le sort des embryons non réimplantés, les fausse-couches), traduisent des sentiments toujours actuels mais invivables. On ne peut pas ignorer les effets secondaires potentiels d’une culpabilité inconsciente, ou consciente mais réprimée, suscitée par l’abandon ou la destruction des embryons fabriqués in vitro.

3. Les médecins pratiquant la FIV indiquent un taux actuel de réussite (enfant viable) de 51% à la quatrième tentative, c’est-à-dire après trois échecs. Si cette information est donnée dès la première tentative, et si elle est soulignée par le fait que seules 4 tentatives de FIV sont prises en charge par la Sécurité Sociale, il est possible que ce nombre de 4 FIV ait valeur de norme pour les couples. Ceci ne doit pas nous empêcher de nous questionner sur la multiplication des FIV. Certes, la fertilité naturelle elle-même a ses délais. Doit-on, en ce cas, considérer la multiplication de ces manipulations techniques, au-delà d’une ou de deux qui ont valeur d’essai, comme étant symptomatique dans une perspective psychopathologique? A partir de combien de tentatives doit-on songer à une psychopathologie propre aux femmes concernées? Ou à une psychopathologie induite par la rencontre entre les caractéristiques de chacune et l’ensemble des processus physiques et psychiques mis en œuvre par la FIV? On notera que les couples qui ne dépassent pas 2 essais ne présentent aucune autre caractéristique spécifique.

4. Quelle que soit la durée depuis l’arrêt des FIV, les femmes restées en souffrance d’enfant et qui n’ont pas trouvé d’issues autres expriment des vécus dépressifs intenses et réactualisent fortement les affects liés aux FIV (pleurs, troubles de mémoire, expressions de colère et de déception). L’expérience semble alors enkystée dans leur psychisme. Il est évidemment difficile de distinguer ce qui relève d’une réaction à l’échec, d’une déception relative à la technique ou d’un vécu d’impuissance dans le registre de la féminité ou de la maternité, tous ces éléments pouvant d’ailleurs être condensés dans la procédure FIV. Comme la FIV intervient souvent en fin de parcours, ultime recours après que d’autres traitements aient échoué, il est possible qu’elle devienne alors le symbole de l’infertilité et de l’impuissance à la combattre. Cette manipulation technique deviendrait le point de fixation d’une problématique personnelle, fermant la possibilité d’une élaboration psychique de la situation.

5. A partir de ces éléments, on peut déterminer que des précautions sérieuses devraient être prises en matière de FIV, et qu’il existe des contre-indications précises. Il est impossible de considérer l’absence d’enfant ou le désir d’enfant comme seule indication d’application de la méthode. Le critère médical n’est pas déterminant puisque, qu’il y ait eu présence ou non de problèmes médicaux concernant l’appareil reproducteur chez les femmes rencontrées (et chez leur conjoint), aucune femme sur 20 n’a eu d’enfant par la FIV alors que 5 sur 20 d’entre elles ont eu un enfant normalement après l’échec des FIV. L’âge des femmes doit être examiné: 9 femmes sur 20 ont commencé les FIV après 35 ans, et 4 femmes sur les 6 restées sans enfant («maison», adopté ou élevé) ont plus de 35 ans. Ceci interroge la légitimité des FIV effectuées après cet âge et impose la nécessité d’examiner avec soin chaque situation particulière (psychologique et conjugale) avant toute proposition de FIV ou acceptation de renouveler la tentative en cas d’échec, sous la pression des couples. Ici, le nombre de protocoles FIV varie de 1 à 10 et tous se sont caractérisés par des échecs, alors qu’ultérieurement plus de 50% des femmes ont pu satisfaire leur désir d’enfant, en procréant normalement (5) et en adoptant (7). La proposition du nombre de FIV doit tenir compte de l’importance et de la durée des traitements antérieurs, bon indice de la patience et des capacités physiques et psychiques des femmes et des couples.

– Le consentement libre et éclairé est à prendre prioritairement en considération. Qu’il s’agisse de sidération psychique, d’ignorance du fonctionnement corporel ou d’un fossé culturellement infranchissable, l’absence de compréhension réelle du processus de la FIV, de ses risques, de ses difficultés et de son faible taux de réussite est une contre-indication majeure. La seule compréhension intellectuelle ne suffit pas puisque les femmes et couples qui estiment avoir été convenablement informés, ou ceux qui n’en disent rien, peuvent tout aussi bien déclarer qu’ils ne voyaient pas tous les problèmes, toutes les conséquences… Certaines personnes n’apprennent ou ne comprennent qu’après plusieurs tentatives que celles-ci ne réussissent pas à chaque fois: «il fallait se l’entendre dire», affirmera très judicieusement l’une des personnes interviewées.

– Vient ensuite la capacité physique et psychique des femmes (et des couples) à supporter cette épreuve qui dure parfois plusieurs années. Les personnes fragilisées par des problèmes psychologiques en relation avec la sexualité ou les couples ayant une vie sexuelle pauvre, sont particulièrement vulnérables. Les femmes qui s’y engagent comme dans une bataille ou celles qui mésestiment la diminution de la fertilité avec l’âge, convaincront plus facilement les médecins d’accéder à leur demande. Les mêmes peuvent dire ensuite qu’elles leur en veulent de ne pas les avoir arrêtées, ou bien qu’elles se sont arrêtées parce que leur corps avait besoin de se reposer, qu’elles devaient remettre leurs idées en place, revoir ce qu’elles avaient envie de faire, s’avouant furieuses de ce parcours.

– En ce qui concerne précisément la santé, il ne suffit pas d’être attentif aux seuls effets du traitement médical de l’hyperstimulation ovarienne, mais il convient aussi de prendre en compte l’angoisse qui accompagne l’ensemble de l’intervention, la fatigue, l’usure nerveuse, le désespoir qui accompagne les déceptions répétées. Il s’agit d’évaluer ce que les femmes et les hommes sont capables de supporter afin d’établir préalablement, et de réviser en cours de route le rapport existant entre les risques encourus et les bénéfices escomptés, selon le principe éthique de bienfaisance.

– Une attention doit être également portée aux couples: s’ils sont trop récents, insuffisamment stables ou en conflit [8], le recours à la FIV peut être un cache-misère affectif et sexuel hors de prix et totalement inadéquat. Une grande peur de l’avenir, ou une vie sexuelle très pauvre interrogent réellement, chez certains couples, le bien-fondé d’une intrusion médicale, qui ne permettra pas de réfléchir plus avant à leur situation. Dans un autre registre, que signifie qu’un homme continue à donner son sperme alors que le couple est déjà séparé?